Il y a des lieux où l’humanité se révèle dans toute sa splendeur. Le Parthénon. Le Colysée. Et, bien sûr… le groupe WhatsApp de parents d’élèves. On y trouve une galerie de personnages digne d’un Balzac sous caféine :
– Le parent accompagnateur professionnel. Il n’a jamais demandé, mais il est déjà inscrit pour toutes les sorties. Aquarium, élevage de chèvres, piscine hebdomadaire : il est là. Une sorte de saint laïque du car scolaire.
– Le comité du goûter éternel. Ces gens qui transforment chaque sortie scolaire en brunch d’ambassade. On finit par croire qu’un pique-nique pour 25 enfants exige au minimum trois gâteaux faits maison, un assortiment vegan et un tiramisu aux fruits exotiques.
– L’angoissé administratif : « Excusez-moi, mais l’autorisation de sortie est-elle à signer en bleu ou en noir ? »
– La relayeuse compulsive : « Bonjour, voici le devoir de maths page 43 » (envoyé 18 fois dans la soirée, avec photos floues et rotations involontaires).
– Le stratège du cadeau de fin d’année : « Alors, je propose qu’on fasse une cagnotte pour la maîtresse. » Et c’est parti pour 236 messages, 14 emojis, 3 menaces de scission et une guerre civile autour du choix entre un mug, une carte-cadeau ou une thalasso.
Et bien sûr : le fantôme. Celui qui ne dit rien, ne poste rien, mais lit tout. Présence spectrale, espion du KGB.
Le problème ? On ne peut pas quitter le groupe. Jamais. Car si vous osez, WhatsApp vous dénonce publiquement : « Untel a quitté la conversation. » Traduction : « Untel renonce à son enfant, à l’école, à la République. Untel n’aimera plus jamais son prochain. »
En vérité, ces groupes fonctionnent comme des démocraties populaires :
– On vous demande votre avis, mais tout est déjà décidé.
– On vote pour un gâteau au chocolat, mais il arrive un cake à la carotte sans sucre ajouté.
– Et surtout, le silence est suspect. Tu ne dis rien ? Tu complotes.
Bref, les groupes WhatsApp de parents d’élèves sont un laboratoire politique. De Hobbes, ils ont la guerre de tous contre tous. De Rousseau, le contrat social… mais en version cookie sans gluten. Et de Kafka, la bureaucratie absurde où chaque circulaire est repostée quatre fois en PDF illisible. La conclusion ? L’enfer, ce n’est pas les autres. L’enfer, ce sont les autres… avec les notifications activées.