A première vue, à rien. Personne n’a jamais décroché un contrat en citant Homère en grec ancien. Le mycénien ne vous aide pas à trouver votre chemin dans le métro, le sanskrit n’est pas exigé pour remplir sa feuille d’impôts et l’indo-européen n’a encore jamais sauvé une réunion PowerPoint. Mais à une chose plus rare : comprendre la finesse, la densité, la texture vivante des mots.
Car préparer l’agrégation, c’est apprendre que chaque terme est un monde, qu’une déclinaison change un raisonnement, qu’un accent peut bouleverser un vers. C’est découvrir que la langue n’est pas un outil, mais une architecture fragile où se joue notre manière de penser et d’habiter le monde.
Aujourd’hui, alors que l’IA enchaîne les phrases à la vitesse de l’éclair, cette exigence devient un luxe et une force. Là où la machine juxtapose, le latin et le grec apprennent à articuler. Là où l’algorithme imite, l’étude des textes anciens apprend à distinguer la nuance, le sous-entendu, l’ironie.
En vérité, l’agrégation de lettres classiques n’est pas un concours du passé, ni un jeu pour intellos qui souhaitent briller en société : c’est une école pour l’avenir. Une école qui rappelle que la pensée se construit dans le détail, que la précision n’est pas un caprice mais une liberté et que les langues anciennes ne sont pas mortes, elles continuent de murmurer à l’oreille de celles et ceux qui veulent comprendre le monde avec plus de justesse.
Alors oui, le mycénien ne sert pas à remplir un tableau Excel. Mais il apprend que, derrière chaque chiffre, il y a un mot. Et derrière chaque mot, un choix de civilisation.