Fin du télétravail : mythe brisé, badge réactivé…

On nous avait promis la liberté : le télétravail était l’avenir, le bureau une relique. Les slides du Comex étaient formels : « Plus de confiance, plus d’autonomie, plus de performance. » Traduction : le chat devenait votre seul collègue et Teams votre nouveau patron. Et puis soudain, volte-face : retour à La Défense. Amazon, Apple, Meta… tous ont remballé leurs promesses de full remote pour réinventer l’open space comme si c’était une idée neuve. Avec un argument massue : « Rien ne remplace le collectif. »

C’est vrai. Rien ne remplace le collectif… surtout pas quand il faut se battre à l’aube pour trouver une chaise libre dans ce qu’on appelle désormais « flex office ». On a perdu nos bureaux, mais on a retrouvé la joie des files d’attente à l’ascenseur.

Quant à la cantine, elle ressemble à une métaphore vivante de l’entreprise. On s’y aligne en silence, plateau à la main, comme des pèlerins en quête de sens. Le repas importe peu : il est prétexte à partager une même attente, une même fatigue, une même illusion de fraternité. Ici, l’aliment n’est pas tant la nourriture que l’idée d’appartenir. Peut-être est-ce cela, le collectif : avaler côte à côte le temps qui passe.

Philosophiquement, le retour au siège est fascinant. C’est Sisyphe qui monte sa pierre chaque matin dans le RER A, persuadé que cette fois-ci, le collectif sera au rendez-vous. C’est Nietzsche et son éternel retour, sauf qu’ici l’éternité ne dure que de 9h à 19h.

Moralité ? Le problème n’est pas le télétravail ni La Défense. Le problème, c’est cette manie de promettre l’avenir avant de le révoquer. Peut-être qu’un jour, comprendrons-nous que l’avenir n’est pas une géographie. C’est une confiance. Et celle-là, ni le flex office ni le RER A ne pourront la recréer.