Il est fascinant de constater qu’il existe aujourd’hui des experts en tout. Experts en climat, en géopolitique, en amour, en cuisine vegan sans gluten… À croire que l’humanité entière s’est divisée en deux catégories : ceux qui ne savent tout sur rien et ceux qui ne savent rien sur tout.
Étymologiquement, « expert » vient du latin expertus, « celui qui a fait l’expérience ». Autrement dit : quelqu’un qui a essayé, qui a touché de près. Or, dans notre société moderne, l’expert n’a souvent rien expérimenté d’autre que le confort d’un plateau télé et la certitude de son propre jargon. Il ne sait pas vraiment, mais il sait parler. Ce n’est plus l’expérience qui fait l’expert, c’est le débit de phrases creuses débitées à la minute.
Philosophiquement, Socrate aurait souri. Lui qui se targuait de ne rien savoir verrait aujourd’hui des cohortes d’experts vous expliquer comment penser, comment voter, comment respirer. Le doute a disparu, remplacé par la rhétorique professionnelle de ceux qui n’ont jamais le temps d’hésiter.
Alors, à quoi sert toute cette inflation d’experts ? Peut-être à nous rassurer. Dans un monde incertain, il vaut mieux écouter quelqu’un qui affirme tout avec aplomb que d’accepter humblement que nous ne savons pas grand-chose. L’expert moderne n’est plus celui qui éclaire, mais celui qui nous évite l’angoisse du vide.
En somme, nous vivons dans la tyrannie douce de l’expertise. Et la seule résistance possible serait peut-être de retrouver la sagesse antique : préférer une ignorance honnête à une expertise loufoque. Comme disait Montaigne : « Que sais-je ? » Et comme dirait Desproges : « Que sachiez-vous ? ».
Et moi, qui viens de vous livrer mon avis sur la société des experts… qu’est-ce que j’en sais, au fond ? Peut-être rien. Mais après tout, pourquoi me priver du plaisir de faire l’expert… en critiques d’experts.