L’ado rentre, le sac dégoulinant de cahiers martyrisés, et lâche la phrase comme une sentence irrévocable :
– Faut que j’achète un livre. Et que je le lise.
Le drame est posé. À ses yeux, c’est la fin de l’innocence. Lire, c’est long. C’est pénible. Ça n’a pas de bouton « skip intro ». Alors il sort son joker préféré, ce mot magique qui justifie tout et son contraire : flemme. Flemme de lire, flemme de comprendre, flemme de grandir trop vite.
Et pourtant… ces lectures obligatoires qu’il vit comme des menottes sont en secret des ailes. Chaque roman imposé n’est pas un fardeau, mais une graine déposée dans son imaginaire. Elle germera un jour. Pas ce soir, pas demain, mais plus tard, au détour d’un silence, d’un chagrin ou d’un amour naissant. Une phrase se réveillera. Elle jaillira comme une chanson oubliée, comme une odeur d’enfance, comme une lampe minuscule au milieu de la nuit.
Car lire, ce n’est pas remplir une fiche de lecture : c’est converser avec les fantômes. Hugo, Zola, Camus… des morts bienveillants qui continuent d’écrire en douce dans la tête de vos enfants. Ils ne jugent pas, ils attendent. Ils murmurent : « Tu n’es pas seul. Nous aussi, nous avons douté. Tiens, prends ces mots, ils sont pour toi. »
Alors oui, il râlera, il traînera des pieds, il tentera de négocier chaque chapitre comme il négocie son temps d’écran. Mais un jour, il comprendra que ce qu’on lui forçait à ouvrir n’était pas un devoir, mais une clé.
Et vous, vous sourirez. Parce que vous saurez qu’à l’ombre des lectures imposées, vous lui avez offert un abri.