La grève, c’est ce moment délicieux où l’on découvre que l’école n’est pas seulement un lieu de savoir, mais surtout la plus grande garderie gratuite de France. Quand elle ferme, c’est comme si on vous retirait l’électricité : soudain, tout le système domestique s’écroule. Et la question tombe, implacable : qu’est-ce qu’on fait des enfants ?
Dans le couple, la discussion tourne vite au procès de Nuremberg. Papa plaide la réunion « stratégique », comprendre : café froid, slides illisibles et selfies d’ennui. Maman brandit ses « deadlines », soit trois mails envoyés avec la gravité d’une déclaration de guerre. Et chacun s’accuse de ne pas aimer assez sa progéniture pour sacrifier une journée de gloire professionnelle.
Alors on tente les grands-parents. Erreur fatale. Jadis, papi sentait la Ricoré et lisait France Dimanche. Aujourd’hui, il fait du yoga, prépare un trek au Népal et donne des conférences sur « Sénèque et la joie de vieillir ». Mamie, elle, est à l’atelier poterie ou au club de marche nordique. Bref, les retraités sont plus injoignables que le service client de la SNCF.
Reste donc la stratégie maison : occuper l’enfant. Trois écoles s’affrontent.
L’école technologique : on colle l’enfant devant une tablette. À force de vidéos YouTube, L’enfant ressort avec des yeux carrés et la coordination d’une huître.
L’école militaire : on lui invente des corvées. Ranger sa chambre, trier les chaussettes, recopier le dictionnaire. Inconvénient : ça crée des vocations de dictateurs.
L’école naturaliste : on le lâche dans un parc avec un ballon et la phrase philosophique : « Sois libre, mon fils ». On le retrouve huit heures plus tard, couvert de boue, en train de diriger une bande de pigeons comme César ses légions.
Et au fond, la grève révèle une vérité métaphysique : l’enfant n’est pas un être à éduquer, mais une matière première à occuper. Comme aurait dit probablement Aristote s’il avait dû garder ses petits-enfants : « L’homme est un animal politique, mais l’enfant est un animal logistique ».